//]]> Comme écrit ci-dessous: JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #166 IL Y AVAIT DES RIVIERES INFRANCHISSABLES DE MARC VILLEMAIN

mardi 5 décembre 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #166 IL Y AVAIT DES RIVIERES INFRANCHISSABLES DE MARC VILLEMAIN

Lecture, nouvelles, amour et traversée : Il y avait des rivières infranchissables


J'ai pris mon temps pour les lire ces treize nouvelles. Je n'aime pas enchainer les nouvelles les unes derrière les autres. Si l'auteur a distingué treize histoires, c'est qu'elles avaient leurs raisons d'exister séparément quand bien même un recueil, et même ici un thème, l'amour, les lie en un seul objet. Ce n'est pas leur rendre grâce que de les dévorer comme on peut le faire d'un roman. J'ai pris mon temps donc, pour retrouver Marc Villemain, son écriture si précise, son humour pince-sans-rire, capable de mélanger dans une même scène le trouble d'une attirance homosexuelle et l'évocation de Jean-Michel Larqué, son idole de l'ASSE. Du temps aussi pour comprendre ce qui chez lui avait changé, puisqu’il le dit lui-même ce livre est un tournant. Sans se faire impudique, Marc Villemain se dévoile, enfin, délaissant les sujets qui le plaçaient en observateur distant (mais jamais insensible) pour celui de l'amour où son rôle plus intimement impliqué le libère (alors que beaucoup se seraient trouvés coincés ici) dans la simplicité. Certains compare ses nouvelles à celles de Carver. Parce qu'il y a, parfois, pas toujours, ce petit élément perturbateur qui fait basculer le personnage. Mais je n'adhère pas à cette comparaison. Là où la bascule chez Carver entraîne une prise de conscience de la vacuité, laissant le personnage seul face à lui-même et au désastre à venir, elle s'opère chez Marc Villemain sur un autre versant, plus optimiste, plus ensoleillé, ouvrant des horizons plus vastes à ses personnages, à lui-même. Même l'épreuve terrible de la mort d'un jeune fille, si elle est bien tragique, n'est pas perçue comme un drame et participe de la construction du narrateur. Jusqu'à l'ultime nouvelle, où, s'il y avait des rivières infranchissables pour les mots du jeune garçon des nouvelles précédentes, ceux du vieil écrivain trouvent la force de traverser les eaux et de jeter un pont entre deux rives. Beau et optimiste. Touchant.

Il y a bien plus à dire encore sur ce recueil : j’en parlerai donc le 22 janvier 2018 aux Marcheurs de planète pour la première des Marcheurs sauvages. Découvrez l’événement sur Facebook.