jeudi 20 juillet 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #61

En parcourant l'actualité, je tombe sur un article qui annonce que, en cumulé, l'humanité a écouté une chanson dont je n'avais jamais entendu parler plus de 16 000 ans... Despacito. Je me précipite sur youtube pour savoir quelle est cette chanson et coupe le son après dix secondes. Supplice, je ne tiens pas. Terrible de se dire que le temps entre mes dix secondes et les 16 000 ans cumulés de l'humanité est peut-être ce qui m'en sépare. Un temps infranchissable. À l'évidence l'humanité a les oreilles pourries. Je reviens sur l'article qui dit que la chanson est en passe de détrôner Gangnam style, une information qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille. L'été est propice à l'éclosion de tubes de piètre qualité, des petites musiques qui restent et qui disparaissent aussi vite. Plutôt que la vidéo du tube en question, je préfère vous proposer cette reprise de Bob Dylan par Randy Coleman : fringant !


mercredi 19 juillet 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #60

Le Livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher
Le Livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher

Le doute dans la dernière ligne droite. C'est une phase classique dans l'écriture. Au-delà du doute permanent qui habite l'auteur durant la rédaction, je parle du doute qui vient à la fin quand l'on se demande si l'on a pris les bonnes options, fait les bons choix. N'est-on pas passé à côté du roman ? Ce n'est, à en lire Baptiste Liger, pas le cas d'Erwan Larher, dont le roman que j'attends avec impatience, Le livre que je ne voulais pas écrire, sortira à la rentrée. Sujet difficile, celui des attentats du 13 novembre, qu'Erwan, qui a vécu l'événement de l'intérieur du Bataclan, a su traiter avec grâce et dignité, habileté littéraire même replaçant l'histoire à son niveau, collectif et historique, en partant de son expérience, de la balle qui l'a touché. Je n'avais croisé Erwan qu'une seule fois avant le 13 novembre. Personnage d'emblée attachant. Je me souviens de Philippe Jaenada partageant de ses nouvelles sur Facebook. Il lui avait rendu visite à l'hôpital. J’ai croisé de nouveau Erwan depuis, récemment à Limoges, n'ai bien sûr pas évoqué cet épisode avec lui. Je savais ce livre en préparation, que j'y découvrirais ce qu'il veut bien partager de cette épreuve.  

mardi 18 juillet 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #59

J'ai commencé aujourd'hui à travailler sur un nouveau projet qui me conduit à me pencher sur le travail d'Henri Murger pour commencer. Ce n'est pas un projet de roman mais autre chose dont je pourrai parler bientôt. Viendra en suivant Alfred de Vigny. On est en plein XIX e siècle. Ce ne sont pas les textes majeurs de ces auteurs que je regarde mais des textes oubliés, inconnus ou presque. C'est un travail de transition, qui me permettra de me détacher doucement du roman en cours d'écriture dont je ferai une dernière lecture en août avant de le confier à mon éditeur. Et pendant qu'il lira, j'attaquerai les recherches pour le roman suivant. Six mois au moins consacrés à cela avant d'écrire la moindre ligne. 

lundi 17 juillet 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #58

Oléron, plage des Huttes

Lire au petit déjeuner les lignes écrites par Pierre Jourde sur le trop lyrique à son goût François Rolin. Se remémorer quelques lignes écrites pour le début d'un roman : "Depuis bientôt un an que je suis installé sur l'île d'Oléron, dans cette maison au bord de l’océan, j'ai eu le temps de m’habituer à la rumeur des vagues. Si ces déferlements incessants ont perturbé mon sommeil au début, leur rythme régulier agit désormais sur moi comme une berceuse. J'ai même du mal à trouver le sommeil sans eux. Tantôt frisant sagement jusqu'à la plage, étalant la blancheur de leurs franges écumeuses sous le clair de lune, tantôt violentes et acharnées, galopant à l'assaut de la dune. Dans tous les cas, leur image m'apaise. Doucement leur bruit s'estompe, se fait plus feutré. Alors, je sombre dans le sommeil. Les vagues sont mes moutons." Et se dire qu'il faut absolument y ajouter ceci : "L'insomniaque sait bien que l'apparition de pseudo-lyrisme romantique dans les réflexions nocturnes est le symptôme d'un sommeil qui ne reviendra pas, le signe qu'il vaut mieux se lever et ne pas perdre la nuit en d'inutiles noeuds au cerveau."

dimanche 16 juillet 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #57

Le dimanche au bout du pont qui s'étire au soleil comme un chat. Je relis des notes que j'ai prises il y a des mois, avant même de commencer la rédaction du roman, des articles glanés sur la toile dont celui-ci plutôt savoureux. Il recèle quelques jolies lignes pleines de condéscendance pour les femmes, de quoi faire bondir les féministes. Mais il s'agissait d'une autre époque : l'article est paru le 21 septembre 1928 dans Le Figaro. Il est écrit par Hervé Lauwick, par ailleurs romancier.

Agnès Souret
La pauvre Agnès Souret vient de mourir au bout d'un long voyage, on ne peut pas la laisser partir sans révéler au grand public, qui l'a trop connue et mal connue, quelle bonne petite fille elle était.
Le ciel lui avait donné, outre une beauté étourdissante qu'on pouvait ne pas aimer, mais qui était certaine, infiniment de sagesse et de bonté ; elle avait ce don précieux et rare entre tous les dons: un heureux caractère, que nul mouvement d'humeur n'a jamais troublé. Nous ne connaissons guère, pour être dans ce cas, qu'une seule femme illustre par sa beauté, à laquelle on pourrait être en ajouter deux, mais sûrement pas trois, dans le monde entier. C'est si dangereux d'être trop belle, et l'orgueil vient si vite au coeur humain! Agnès Souret était toute simplicité. Elle vivait au petit village d'Espelette, dans les Basses-Pyrénées. Un jour, qu'elle a souvent maudit depuis, une couronne lui tomba sur la tête, avec une somme modique, et le titre effrayant de plus « jolie femme de France ».
Trois jours après, elle était à Paris et elle faisait gentiment pitié, pauvre colombe jetée parmi des vautours avides. Elle était désorientée. Elle fit sa première apparition au Figaro et remporta un beau succès de grâce et de charme. Mais elle n'avait aucun des dons qui sont nécessaires pour jouer la comédie. Elle était assez intelligente pour s'en rendre compte. 
Cette immense et brutale réputation qui lui était venue d'un seul coup, continuait à lui nuire. Que de femmes en eussent profité! Elle la négligeait, avec une sorte de lassitude. Un metteur en scène de cinéma, qui avait entre les mains cette merveille de photogénie, ne sait rien en tirer. Elle alla au music-hall, où elle continua de demeurer simple, gaie, bien élevée. Le personnel d'un grand music-hall - c'était bien avant La Madone des sleepings- l'appelait en souriant: « la petite Madone de la maison ». Pour qui connaît ce milieu féroce, c'était un émouvant hommage!
Puis, elle se consacra à la danse, partit pour de longs voyages à l'étranger. Sa destinée aura eu quelque chose de stupide et qui ne satisfait point l'esprit: elle avait toujours redouté le succès quand il venait à elle, et du jour où elle le rechercha, il s'enfuit. Elle n'avait rien pour réussir, étant toute douceur et toute modestie, dans un temps où deux bons leviers du succès sont l'outrecuidance et la méchanceté.
C'était une très petite fille…On va l'enterrer dans ce calme cimetière de l'Espelette, enfoui sous les fleurs, l'un des plus hautains du noble pays basque: l'église n'y est pas loin du fronton, la méditation y touche la vie active, les maisons blanches y sont simples et propres comme elle l'était.
Nous n'avons pas voulu la laisser partir sans que ce journal, où elle avait débuté, lui consacre un souvenir. C'est si rare, une très jolie personne qui a un caractère de bonté et de gentillesse, alors que tant de femmes laides sont, en outre, nuisibles! Disons adieu à l'innocente enfant, qui était timidement venue à nous de son clair pays basque. Non, elle n'était pas née pour Paris. Elle est repartie directement pour le paradis, le séjour des anges, où sa place est toute trouvée…