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mardi 13 mars 2018

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #200 PREMIERE SALVE

Entrée sur le terrain : c’est parti pour Miss


Premiers envois à la presse il y a quelques jours, des épreuves non corrigées. Destinées à un sélection d’une vingtaine de journalistes. Première fois que je procède ainsi. Une deuxième salve, du livre définitif cette fois, viendra dans quelques jours, après le salon du livre de Paris. Des premiers droits ont été cédés, avant même la sortie. Bon augure, j’espère. Pas de rendez-vous au salon du livre cette année. Je m’y rendrai cependant le soir de l’inauguration, cette vaste mêlée (d’où l’entrée sur le terrain du XV de France en illustration ; c’était au match France/Angleterre, samedi dernier, un beau match, soit dit en passant) saluer les camarades, serrer quelques paluches et siroter quelques verres, observer la France de l’édition sourire, compassée, crispée, faussement joyeuse et pressée d’en finir. Il n’y a que les stagiaires qui sont heureux d’être là. Cela fait déjà beaucoup de monde, me direz-vous... Contraints et forcés, les organisateurs rémunèreront tous les auteurs en intervention cette année. Contraints et forcés... Pour le fair-play, vous repasserez...

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mercredi 28 février 2018

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #199 NEC MERGITUR



Préparation de l'exposition à venir au musée d'Orsay : Âmes sauvages. Le symbolisme dans les pays baltes (à partir du 10 avril). Je découvre quelle fut l'inspiration de Ferdynand Ruszczyc pour peindre son tableau Nec Mergitur (ci-dessus), dont le titre est inspiré par la devise de la ville de Paris. Le peintre polonais a puisé dans une nouvelle, Légende d'un navire, de Henryk Sienkiewicz pour évoquer le destin malheureux de son pays à travers le XIXe. J'ai retrouvé cette nouvelle en ligne. Je ne sais quoi penser de cette formule : "l'équipage entièrement efféminé négligea tous ses devoirs"...


Il était un vaisseau qui se nommait la Pourpre, si grand et si fort, qu’il ne craignait ni les ouragans, ni les vagues, même les plus terribles.
Et il voguait toujours, toutes voiles dehors, se dressant sur les flots amoncelés, brisant de sa puissante poitrine les écueils sous-marins, où venaient se perdre les autres navires, et il voguait vers l’infini, voiles au soleil, et si vite, que l’écume frémissait sur ses flancs et qu’il laissait derrière lui une longue et large traînée lumineuse.
« Le superbe navire ! » disaient les matelots des autres vaisseaux. – « On dirait le Léviathan fendant les flots ! »
Et parfois ils demandaient à l’équipage de la Pourpre :
– « Hé, là-bas, les amis ! où allez-vous ? »
– « Où le vent nous pousse ! » répondaient les marins.
– « Attention ! gare aux tourbillons et aux rochers ! »
Mais comme réponse à cet avertissement, le vent ne leur rapportait que les paroles d’un chant aussi bruyant que la tempête elle-même :

            « Voguons joyeusement, voguons ! »

Il menait joyeuse vie, l’équipage, sur ce navire. Les marins, pleins de confiance en sa grandeur et en sa force, se riaient des dangers. Sur les autres vaisseaux régnait une discipline rigoureuse, mais à bord de la Pourpre chacun vivait à sa guise.
La vie y était une fêle perpétuelle. Les tempêtes heureusement traversées et les récifs courbés sous son poids, augmentèrent encore la confiance des navigateurs. « Il n’y a, disaient-ils, ni écueils ni orages capables de détruire la Pourpre. Que l’ouragan bouleverse la mer, la Pourpre continuera sa course. »
Et la Pourpre voguait, en effet, fière, magnifique. Il s’écoula bien des années – et non-seulement elle-même semblait invulnérable, mais elle sauvait les autres navires et recueillait les naufragés à son bord.
La confiance aveugle dans la force de leur vaisseau s’augmentait chaque jour dans les cœurs des matelots. L’équipage s’amollit dans le bonheur et oublia l’art du marin.
« La Pourpre se conduit bien toute seule, disaient-ils. – À quoi bon travailler, à quoi bon inspecter le navire, veiller sur la barre, surveiller les mats, les voiles, les cordages ? À quoi bon se condamner à travailler à la sueur de son front, quand on a un navire divin, immortel ? »

            « Voguons joyeusement, voguons ! »

Et ils naviguèrent encore pendant de longues années. Mais enfin, avec le temps, l’équipage entièrement efféminé négligea tous ses devoirs, et nul ne savait que le navire commençait à se détériorer. L’eau de mer avait rongé les poutres, les puissantes attaches s’étaient relâchées, la coque s’était trouée, les mats avaient pourri et les voiles s’étaient brûlées au vent.
Cependant, des voix raisonnables commencèrent à se faire entendre.
– « Prenez garde » disaient certains matelots.
– « Ce n’est rien ! le flot nous porte ! » répondaient le plus grand nombre.
Mais, un beau jour, il éclata une tempête telle qu’on n’en avait pas encore vu sur la mer. Les vents mêlèrent l’océan avec les nuages en un seul chaos infernal. Des trombes d’eau se dressèrent et s’élancèrent avec fracas sur la Pourpre, terribles, écumantes, bouillonnantes. S’abattant sur le navire, elles le précipitèrent jusqu’au fond de la mer, puis le lancèrent vers les nuages, pour le rejeter encore dans l’abîme. Les attaches affaiblies se rompirent et soudain un cri terrible courut à bord :
« La Pourpre sombre ! »
Et la Pourpre sombrait en effet ! El l’équipage, ayant perdu l’habitude du travail et de la manœuvre, ne savait comment la sauver.
Mais dans le premier moment d’épouvante, la rage bouillonna dans leurs cœurs, car ils aimaient pourtant leur bateau, ces marins.
Alors ils s’élancèrent tous et se mirent à tirer le canon contre les vents et les flots écumants ; puis, saisissant tout ce qui leur tombait sous la main, ils commencèrent à fouetter cette mer, qui voulait engloutir la Pourpre.
Superbe était la lutte de ce désespoir humain contre les éléments. Mais les flots étaient plus forts que les hommes. Les canons inondés firent silence. Les gigantesques tourbillons enlevèrent nombre de combattants et les emportèrent dans le chaos liquide. Inondés, à demi aveuglés, couverts d’une montagne d’écume, les autres matelots combattaient toujours avec acharnement.
Par instants les forces leur manquaient ; mais, après un court repos, ils se ruaient encore à la lutte.
À la fin les bras leur tombèrent. Ils sentirent que la mort était proche.
El il y eut un moment de muet désespoir. Et ils se regardaient les uns les autres, ces matelots, comme égarés.
Alors les mêmes voix, qui précédemment les avaient avertis du danger, s’élevèrent encore plus fortes, si bien que le rugissement des flots ne pouvait les étouffer.
Ces voix disaient :
« Oh ! aveugles que vous êtes ! Ce qu’il faut, ce n’est pas tirer le canon contre la tempête, ce n’est pas fouetter les flots, c’est réparer le navire. Descendez à fond de cale et là travaillez. La Pourpre n’est pas encore morte. »
À ces mots, un frisson secoua ces mourants et ils s’élancèrent tous vers la partie basse du navire et ils commencèrent leur travail par en bas.
Et ils travaillèrent depuis le matin jusqu’à la nuit, à la sueur de leur front, pour compenser leur inertie et leur aveuglement.
Et la Pourpre fut sauvée.
 

vendredi 23 février 2018

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #198 DIALOGUE ABSURDE


Relisant des notes pour un roman démarré en 2013 et sur lequel je me penche de nouveau, je tombe sur ce dialogue que je n'ai pas utilisé. Un dialogue absurde.

On part quand ?
— Tout à l'heure.
— C'est quand tout à l'heure ? Pourquoi on part pas maintenant ?
— Parce que je préfère partir tout à l'heure.

Deux heures plus tard.

— On part quand alors ?
— Maintenant.
— On part plus tout à l'heure ?
— … ?
— Y a deux heures, tu m'as dit on part tout à l'heure. Je t'ai demandé pourquoi pas maintenant et tu m'as répondu que tu préférais tout à l'heure. Et là, tu me dis qu'on part maintenant. Faudrait savoir.
— Mais ça c'était y a deux heures. Le tout à l'heure d'il y a deux heures, c'est maintenant.
— Tout à l'heure et maintenant, c'est la même chose, au fond ?
— Ça dépend d'où tu regardes, mais oui, ça finit par être la même chose.
— Alors, je vois pas pourquoi on a attendu...


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jeudi 22 février 2018

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #197 COLLATIONS ET LIBATIONS

Rencontres, tartes aux fruits et sanglier


Les gens qui m'invitent pour des rencontres, en librairie, médiathèque ou dans des festivals, sont souvent très attentionnés. Ils servent lors des collations qui suivent les échanges des plats ou des boissons choisis pour leur lien avec, voire leur présence dans le livre pour lequel ils m'ont invité. J'ai bu quelques bons Médoc à la sortie du Karatéka belge, mangé de délicieuses tartes aux fruits (pas toujours aux pêches, ce n'était pas la saison) pour le Mexicain. Pourtant, je n'abuse pas de cette gentillesse et ne cherche pas à placer dans mes textes des mets rares et/ou onéreux : foie gras, caviar, homard, Dom Perignon, Château Petrus... Il paraît qu'Uderzo et Gosciny, lorsqu'il ont créé Astérix, ne pouvaient pas être invités sans que leur soit servi du sanglier (lu dans Causerie de Philippe Meyer). C'était du temps où être végan n'était pas à la mode.  


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mercredi 14 février 2018

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #196 COURTS METRAGES

Betty, Kremena et L'Allée des siffleurs


Adrien Bretet, rencontré il y a quelques jours au Café Zimmer, m'a invité à une projection de courts métrages dont l'un, L'Allée des siffleurs, est une de ses productions. Les deux autres étaient produits par Les Films du Tropiques. Ces deux films étaient assez proches dans leur sujet (des histoires de couples séparés de longue date qui se recroisent) même si les traitements en étaient différents. Betty porte clairement, dès l'affiche et même le titre, l'influence de 37°2 le matin  de Beineix. Montée comme un puzzle qui permet de reconstruire peu à peu le parcours du personnage principal magnifiquement campé par Aurélia Petit, le film s'intéresse à la tension née de la rencontre, à celle qui demeure une fois l'autre parti et la vérité dévoilée. Kremena est sans doute plus naïf dans son propos. Un homme vient revoir la femme qu'il a quittée quinze ans plus tôt, la supplie de reprendre leur histoire là où elle s'était arrêtée. Les jeux d'opposition entre la manière de filmer l'homme (mouvements et tremblements de la caméra) et la femme (Plan rapproché, caméra fixe) posent les deux états d'esprit, irréconciliables. L'instabilité de l'un face à la constance, la certitude de l'autre. L'Allée des siffleurs offrent une tension narrative différente. Si encore les oppositions sont fortes, entre le monde des blancs et celui des esclaves (l'histoire se déroule sur l'île Bourbon (aujourd'hui la Réunion) en 1830), le film parvient en peu de temps à poser les enjeux de la domination, de l'humiliation, de la libération possible de cet état. Un espoir donc, confié au plus jeune, au plus vulnérable quand les adultes résignés semblent incapables de remettre en question leur existence. 



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