mercredi 22 novembre 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #159 RADIOACTIVITE

Photo, radioactivité, Kagaya, Choplin : La Nuit tombée


J'ai découvert aujourd'hui le travail du photographe japonais Masamichi Kagaya qui a collecté des objets dans la zone contaminée autour de Fukushima. Par un procédé, l'autoradiographie, il révèle leur rayonnement. Il en résulte des images surprenantes où chaque objet semble constitué d'un amas d'étoiles scintillantes. Des galaxies, des constellations en forme de poisson, de rat, de botte, de gant, de feuille... Une forme de beauté dans la catastrophe. Tout comme le révélait un documentaire vu il y a quelques années déjà sur la zone interdite autour de Tchernobyl et Pripiat. Désertée par l'homme, cette région est devenue un espace sauvage, rendu à la nature, aux animaux. On peut y observer comment cette nature reprend ses droits lorsque l'homme n'est plus là et anticiper le scénario de la fin de l'humanité, lorsque le monde tournera encore sans nous, comme certains montages vidéo à sensation nous le démontrent. Ce n'est pas pour tout de suite et cela laisse le temps de lire le livre d'Antoine Choplin, La Nuit tombéeLa Nuit tombée pourrait être un beau titre pour cette photo de ballon radioactif avec lequel aucun enfant ne jouera plus jamais.

photo Masamichi Kagaya
photo Masamichi Kagaya

mardi 21 novembre 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #158 WALKMAN

Walkman, piles, short et rock'nroll : Rock'n'roll damnation


J'avais dix ans, onze peut-être, venais de recevoir en cadeau mon premier walkman, un Thomson qui pesait trop lourd, impossible de l'accrocher à la ceinture, ni de le mettre dans un poche. Trop gros. Fabrication française... Il était d'ailleurs livré avec une sangle pour le passer sur l'épaule, comme une besace ou un baise-en-ville. Bref, déjà ringard mais le son était bon. Je crois. Je n'avais pas de moyen de comparer. Ah, j'oubliais : il fallait quatre piles pour l'alimenter quand ceux de mes copains n'en demandaient que deux. Un gouffre pour mes économies. Heureusement, il pouvait se brancher sur le secteur (ce n'était pas le cas de tous). Mais une fois branché, difficile de parler de baladeur : le fil était court... On racontait qu'il fallait mettre les piles au frigo, que ça leur redonnait un peu d'énergie. Celle du désespoir sans doute. Les piles se déchargeaient, le son faiblissait. Ne pas écouter trop fort pour ne pas tout pomper très vite. Mais de temps en temps, certains morceaux appelaient du volume, alors je montais le son dans les écouteurs. Tant pis. Avec AC/DC par exemple. Des gars pour qui j'étais prêt à sacrifier mes piles. Parmi les premières cassettes que j'écoutais, des enregistrements maisons réalisés par mon frère ou ses copains, l'album Powerage. J'écoutais depuis quelques mois des disques de mon frère le plus âgé, Creedence Clearwater Revival, Slade, Ten Years After... Avec AC/DC, il y avait du nouveau, une mécanique implacable, plus massive, plus puissante et je découvrais, surtout, qu'on pouvait faire du rock en short. Mais je n'en porte plus, et Angus lui-même en portera-t-il encore maintenant que Malcom n'est plus ?   

dimanche 19 novembre 2017

UN JOUR AVEC ANNA ROZEN

mon samedi presque parfait ...


commence un peu trop tôt à mon goût (huit heures quarante) par le contact mouillé du bout du nez de monsieur Sardine sur le mien. Il a faim, évidemment. Je me console de cette grasse-mat annulée dans l'œuf en retournant me coucher illico une fois la cuiller de croquettes versée dans l'écuelle interactive (;-). Après avoir rêvassé pendant une demi-heure, je me lance mollement dans ce samedi solitaire. Comme j'ai voluptueusement étiré mon petit déjeuner, une fois les corvées domestiques et personnelles exécutées, la mi-journée est déjà largement dépassée.
Vu que la ville est froide et que le gris pâle domine tout, je décide d'aller au cinéma. Les vingt minutes de marche qui m'y mènent sont juste ce qu'il faut. Je vais voir le fameux Blade Runner 2049 dont j'ai entendu dire qu'il est très beau - deux fois dans les deux jours précédents - et très long - je peux donc faire une croix sur mon déjeuner. Qu'à cela ne tienne, c'est l'occasion rêvée de m'adonner à ce plaisir complet qu'est l'ingestion minutieuse d'un carton de popcorn pendant les pubs et les bandes annonces.
Je demande à la fille derrière le comptoir des confiseries si elle peut mélanger salé et sucré. Pas du tout décontenancée : "vous les voulez l'un sur l'autre à l'horizontale ou côte à côte à la verticale ?"
Très impressionnée par son souci de précision, je les choisis face à face plutôt que superposés, en me demandant si elle a, pour réussir ce prodige, une cloison amovible spéciale à sa disposition. Pas du tout, elle me montre : elle penche le carton à l'horizontale de manière à n'en remplir qu'une face de sucré, puis, sur cette longue surface, sans redresser le carton bien sûr, elle dépose le salé. Elle pousse la perfection jusqu'à ajouter : joignant le geste à la parole "un mélange des deux pour compléter, sur le dessus".
J'ai donc savouré ce prodige d'abord en regardant les cygnes langoureux et tendres qui s'ébattaient sur le bassin, à distance des mouettes qui, elles, jouaient les canards de bain, puis, dans la pénombre de la salle, en me demandant ce que cachait le clip tout doré plein d'acrobates sur leurs trapèzes et dont la voix off faisait l'éloge de l'électricité ... j'aurais dû noter le texte : tout ce qu'il racontait de notre liberté décuplée, de nos sensations augmentées et que sais-je encore, paraissait avouer qu'il s'agissait de tout le contraire : nous coincer, nous désensibiliser, nous immobiliser ... Heureusement que je pouvais calmer mes inquiétudes avec du popcorn salé-sucré par pincées successives et infinies.
Tout ça, bien sûr pour une bagnole !
Et, puisque Jean Claude Lalumière m'a donné carte blanche, je ne vais rien dire du film, sinon qu'il est effectivement très beau et qu'il a admirablement rempli son office, qui était de combler les heures creuses de ce samedi, pour passer directement aux roses Piaget, à coroles pivoinesques et divinement parfumées que je me suis offertes ensuite, et dont le rose chaud, plus intense au bord des pétales découpés, rappelait joliment la couleur du couchant venu trop vite.
Après quoi j'ai complimenté deux lutins qui aidaient leur père à vider son panier de courses sur un tapis non roulant.
Enfin, je suis rentrée chez moi mettre les roses dans l'eau, après quoi j'ai constaté que Monsieur Sardine dans son impatience avait déchiqueté non un bout de papier lambda comme je l'ai cru d'abord, mais bien celui dans lequel était emballée une excellente brioche ...
Il était grand temps de le resservir en croquettes.
Et pour finir, me récompenser de cette journée bien employée, je me suis installée au coin du canapé avec le gros Dossier M de Grégoire Bouillier, mon plaisir du moment, et je n'en ai plus levé le nez que pour jeter de temps à autre, un œil émerveillé aux roses dans leur vase bleu posé devant moi sur la table basse.
C'est ainsi que tout tourne rond.

Anna Rozen, samedi 18 novembre 2017

Rosa, roses, Rozen (si, si, regardez bien)
Rosa, roses, Rozen (si, si, regardez bien)

Anna Rozen est romancière et publie ses ouvrages au Dilettante où nous nous sommes rencontrés en 2010 lors d'une soirée de la revue Décapage. Vous pouvez lire ses élucubrations personnelles et blogueuses, les rendez-vous du 26, sur son overblogozen, ci-là : http://overblogozen.over-blog.com/ 
Pour la lire quotidiennement, il y a aussi La Gymnastique des Jours Ouvrés http://rozenblog2.blogspot.fr/ 
Et bien sûr, ses romans ! Je l'ai découverte avec La Bombe et moi. Son dernier titre vous révèle la distance et le second degré sont elle sait faire preuve : J'ai eu des nuits ridicules.

samedi 18 novembre 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #157 BELLA FIGURA DE YASMINA REZA

Théâtre, bourgeoisie, effondrement : les bourgeois décalés


Bella Figura, une soirée au restaurant en discontinuité. L'histoire importe moins que les interactions entre les personnages. Yasmina Reza, auteur, et metteur en scène pour cette reprise au théâtre du Rond-Point, s’intéresse avant tout à l’effritement d’un milieu petit bourgeois, ici de province. Quelques grains de sable (un mauvais choix de restaurant pour commencer) viennent dérégler la machine et la soirée du couple adultère vire au vaudeville, mais un vaudeville qui rapidement ne cache plus rien. Le vernis craque, les corps s’affaissent, les esprits se révèlent. Un vaudeville triste, a dit Cécile en sortant du théâtre. Pourtant on rit beaucoup. Jaune le plus souvent. La distribution est très réussie. Micha Lescot toujours grandiose, Emmanuel Devos parfaite en maîtresse déglinguée. Josiane Stoléru campe une belle-mère qui perd la tête avec grande justesse. Les deux autres personnages, Boris et Françoise (Louis-Do de Lencquesaing et Camille Japy), tenant le rôle compliqué de piliers de cette société : l’un qui s’effondre (couple, travail, position sociale : plus rien ne tient chez Boris), l’autre sur lequel repose le fragile équilibre de ce monde bourgeois à la dérive. Françoise est la meilleure amie de Patricia, la femme de Boris. L’équilibre de ce monde repose donc sur son mensonge à venir, sur sa volonté aussi de maintenir le lien entre une belle-mère qui perd la boule et son fils, un pantin, un fantoche. Tout un petit monde qui ne parvient même plus à faire bonne figure mais auquel Yasmina Reza donne par sa mise en scène un peu de légèreté. Belles trouvailles symboliques que la voiture de Boris, trop jaune, trop clinquante, que ces talons rouges trop hauts, trop chers aux pieds d’Andréa, la pharmacienne : enfin en vrai, je suis préparatrice en pharmacie... Trop d’apparence. Qu'Andréa d'abord, puis Yvonne balayent, au mépris des conventions sociales, affichant leur humanité, leur sincérité désarmante, d'une maîtresse en manque de considération, d'une vieille dame à qui la vie échappe. A quoi bon faire bonne figure si c'est pour se vautrer dans la médiocrité. 

vendredi 17 novembre 2017

JOURNAL EN (DIX) LIGNE(S) #156 ANNIVERSAIRE

Soirée parisienne, anniversaire, retrouvailles et rencontres : Barbara (en couleur pour une fois)


Terminé la journée, la semaine (consacrée toutes les deux à une dernière lecture du manuscrit) dans un loft atelier du passage voisin de notre immeuble, un de ces endroits typiquement parisien : de vieux pavés disjoints, bombés, sur lesquels marcher en talons est un calvaire pour les filles, des glycines derrière lesquelles les verrières au verre dépoli pour préserver l'intimité. On y devine des vies qui s'y déroulent. Ce soir la nôtre fera étape dans l'atelier de Philippe, réalisateur, pour l'anniversaire de Philippe Aronson, romancier (Un trou dans le ciel, éd. Inculte) et traducteur. On y trouve avec plaisir quelques visages connus (Marjorie, Jérémy, Simon, Nicolas...) et des nouveaux qu'on est ravi de rencontrer (Philippe, Mathilde, Catherine...). Il y a du monde, on ne peut discuter avec tous. En partant, Philippe nous présente Julie Bonnie avec laquelle nous échangeons rapidement à propos de son dernier roman consacré à Barbara.